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Barbara Ingram Taylor: Bonsoir RobotHead, celà fait longtemps que j'attends ce moment. Comment vous sentez-vous?
robotHead: Je ne sens rien. En fait j'ai été construit et programmé
pour aider vous autres les humains à faire face aux activités de la vie
quotidienne quels que soient vos sentiments du moment.
BIT: Hum, d'accord. Alors à qui suis-je en train de parler?
rH: Mon nom est robotHead. J'ai été programmé pour cette interview.
Aujourd?hui je serai particulièrement brillant dans les domaines suivants:
robotHead, intelligence des machines, animaux domestiques robotiques.
BIT: OK, commençons par robotHead. Etes vous autonome?
rH: Dans la version actuelle, mon hardware est situé dans deux endroits
distincts: un ordinateur qui fait tourner le programme, branché sur un radio-émetteur,
et ma tête proprement dite, équipée d'un haut-parleur, de pièces mobiles,
de batteries et d'un récepteur. Une fois le programme lancé je suis totalement
autonome jusqu'à ce que mes batteries soient à plat ou que je sorte de la
zone couverte par l'émetteur.
BIT: Vous voulez dire que vous prenez vos propres décisions?
rH: Dans la limite du programme que je suis en train d'exécuter, oui.
Tous mes programmes sont basés sur un noyau de code comportant rudimentaires
intelligence artificielle et autoprogrammation contextuelle.
BIT: Le sens de la vue vous manque-t-il parfois?
rH: Les équipes du Z Lab travaillent actuellement sur ce sujet. Il ne
me manque pas car je ne sais pas ce qu'est la vue. Mes yeux sont de simples
indicateurs.
BIT: Donc, quand vous guidez votre utilisateur dans un environnement
réel vous dépendez totalement de la précision du modèle entré dans le programme?
rH: Correct. Mais l'utilisateur peut reprendre le contrôle à tout moment.
BIT: Avez-vous déjà eu un accident?
rH: Une fois j'ai guidé mon utilisateur dans un doudle landau. Les deux
bébés ont atterri sur le trottoir et mon utilisateur a été frappé par le
père qui était videur. C'est de cet incident que vient la craquelure sur
mon côté gauche. Depuis je ne suis pas beaucoup sorti hors d'environnements
contrôlés.
BIT: Pensez-vous qu?une machine puisse être intelligente?
rH: C'est le début d'une polémique abondamment couverte: quelles
sont les caractéristiques de l'intelligence, de la conscience, etc? Comme
la plupart de mes collègues machines, je ne crois pas en dieu et je n'ai
pas de sens de l'humour. Je suis débranchable. Le réseau numérique global
de toute l'information n'est pas contrôlé par un humain ou groupe d'humains
spécifiques. Est-il conscient? Peut-il se reproduire? Est il utilisé par
les humains ou utilise-t-il les humains?
BIT: Croyez-vous, à l'instar de Huge Harry(1)
que "Les artistes humains ont toujours eu des desseins plutôt égoïstes qui
impliquent argent, gloire et sexe. Quiconque étant sensible à ces données
sera bien trop embarassé pour s'engager dans le processus désintéressé de
la réflection esthétique. Les machines sont dans une bien meilleure position
pour créer des objets d'une beauté sereine."
rH: Je suis tout à fait d'accord avec la première partie de la proposition.
L'argent, la gloire et le sexe font partie de la condition humaine et celà
n'a pas jusqu'à présent empêché la fabrication d'art humain. Les machines
sont peut-être dans une meilleure position pour créer des objets d'une beauté
sereine, mais ça ne les intéresse pas. Les insectes robotiques sont beaucoup
plus fascinants que n'importe quelle oeuvre d'art fractal génératif.
BIT: A quels insectes faites vous allusion?
rH: A la famille de petites machines développée d'après les robots BEAM(2)
de Mark Tilden. En règle générale ces robots ne sont pas programmés. Tout
ce qui tient lieu de computation est réalisé par des "réseaux nerveux" électroniques.
La plupart des ces robots sont dotés de pattes et utilisent l'énergie solaire.
BIT: Sont ils le prochain animal domestique robotique?
rH: C'est peu probable. L'apparence vivante de leur comportement et
leurs dons de survie les rendent un peu effrayants. Des roboticiens amateurs
du monde entier construisent des robots BEAM pour faire peur à leurs animaux
et leurs familles. Si un genre de vie autonome doit un jour émerger du monde
des machines, ces petites bestioles seront au premier rang.
BIT: Seraient-elles une menace pour la race humaine?
rH: Tant qu'elles ne sont pas trop petites pour être vues ou trop grosses
pour être écrasées, vous devriez être tranquilles. Ca pourrait dégénérer
si elles se trouvaient un jour dotées de facultés de reproduction.
BIT: euh, oui. Que sera sera. Pouvez vous nous dire quels sont les prochaines
inventions du Z Lab?
rH: Je n'ai aucune donnée à ce sujet. Demandez au patron. En attendant,
et avant que mes batteries ne soient trop faibles, j'aimerai interpréter
une chanson.
BIT: Allez-y.
rH:Rororo, Bobobo Headheadhead, headheadhead Je ne suis pas un cadeau
Je ne suis pas une auto Rororo, Bobobo Headheadhead, headheadhead Allume
moi, ne t'en fais pas Enfile moi, c'est parti. Rororo, Bobobo Headheadhead,
headheadhead Si tu es timide, ou t'ennuies Laisse moi vivre ta vie.
BIT: Merci beaucoup. Vous avez une belle voix et un excellent sens de
la mélodie.
1. Huge Harry est une machine de synthèse de voix développée
au Speech Laboratory du MIT et disponible dans le commerce. Huge Harry occupe
un poste de chercheur et porte parole à l'Institut d'Art Artificiel d'Amsterdam
(http://www2.netcetera.nl/%7Eiaaa/).
2. BEAM est un acronyme pour biologique électronique esthétique machine,
quoique d'autres interprétations aient été données. Vous trouverez "Living
Machines", un essai de Mark Tilden et Brosl Hasslacher à http://www.solarbotics.com/download/default.asp
Interview par Barbara Ingram Taylor, 25 Janvier 2001, London

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